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Risque de danger grave : pourquoi les managers doivent garder la main

Reprendre le travail au plus vite ou l’interrompre durablement ? C’est le dilemme des managers de proximité confrontés à un risque de danger grave et imminent. Quelle que soit leur décision, ils ont intérêt à prendre l’initiative pour ne pas être débordés.

Un responsable d’accueil menacé au guichet, un bref dégagement de produit irritant dans un atelier, une machine bloquée dont il faut aller retirer des éclats de métal coupants… Autant de situations potentielles de danger « grave et imminent » qui mettent sous pression l’encadrement de proximité. Comment évaluer et assumer le risque ?

Le CHSCT n’a pas le droit de faire arrêter le travail

Le CHSCT peut en effet mettre en oeuvre son droit d’alerte, notamment pour demander des mesures immédiates de mise en sécurité. Jusque là, il est dans son rôle. Mais les élus vont parfois plus loin. Ils exigent l’arrêt immédiat du travail, voire incitent leurs collègues à quitter leur poste pour se mettre en sécurité.

Or, ce « droit d’arrêt » n’existe pas. Seul le droit individuel de chaque salarié à « se retirer » d’une situation dangereuse est reconnu, à sa propre initiative et pourvu qu’il y ait vraiment, après analyse, un danger réel.

Un manager qui laisse faire le CHSCT dans ces situations perd toute légitimité. Ses subordonnés auront compris qu’en cas de danger, ce n’est plus lui qui dirige.

A l’inverse, ce manager sait que sa responsabilité est fortement engagée s’il bâcle la mise en sécurité et exige la reprise trop rapide du travail. En cas d’accident un peu plus tard, il y aura faute inexcusable de l’employeur et poursuites au pénal. Les salariés souligneront à juste titre que l’employeur met la productivité avant la sécurité. Et l’émotion sera considérable.

Eviter un flottement, réaffirmer le rôle des managers

C’est donc une situation très inconfortable pour ces managers de proximité. D’autant qu’ils ont en face d’eux des salariés qui ont eu peur, qui peuvent s’inquiéter, se mettre en colère… En cas de flottement, un élu CHSCT opportuniste peut en profiter pour affirmer sa position.

J’interviens chez un grand industriel où les incidents de ce type s’étaient multipliés. Nous avons bâti une formation d’une journée pour les managers de proximité, afin de réaffirmer leur rôle et leur positionnement.

D’un point de vue juridique, nous leur avons rappelé que le CHSCT n’a pas le droit d’exiger l’arrêt du travail.

Sur le plan pratique, les principaux conseils étaient les suivants :

• Ne pas de laisser impressionner par un élu CHSCT autoritaire ou par des salariés hostiles. Le risque de danger grave et imminent ne remet pas en cause leur pouvoir hiérarchique. Au contraire, il doit les inciter à l’exercer.

• Se rendre au plus vite sur les lieux de l’incident, organiser eux-mêmes un arrêt du travail « court » (ou pas) pour rester « à la manœuvre », faire eux même le diagnostic ; ne laisser à personne d’autre le soin d’évaluer le risque réel.

Mise en sécurité : mieux vaut en faire trop que pas assez

• Prévenir sa hiérarchie et prendre sans attendre les précautions qui s’imposent : délimitation d’un périmètre de sécurité, évacuation de l’atelier, appel aux forces de l’ordre si des salariés ont été menacés au guichet… Ne pas hésiter à en faire trop plutôt que pas assez.

• Quand le plus urgent est fait, inviter l’élu CHSCT à une évaluation commune de la situation et des mesures prises.

• Quand il y a consensus sur ce diagnostic, négocier avec lui une reprise « rapide » du travail, sous conditions de sécurité.

Cette façon de procéder associe le CHSCT aux opérations sans lui laisser prendre les commandes. C’est une différence essentielle.

Les salariés constatent que leur manager prend des mesures rapides et fortes : la sécurité est bien une priorité.

De plus, si le manager a pris les bonnes décisions, il évitera peut-être un droit d’alerte « officiel ». Rappelons que celui-ci déclenche une réunion exceptionnelle du CHSCT dans les 24 heures, avec présence de l’inspecteur du travail et du médecin du travail. La gestion de la situation deviendrait alors totalement institutionnelle et serait pilotée de l’extérieur.

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