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Réunions de délégués du personnel : comment reprendre la main

Vos réunions de délégués du personnel n’en finissent plus, traitent de sujets qui devraient être abordés ailleurs et se déroulent dans un climat difficile ? Il est temps de reprendre la main, en associant la fermeté et l’écoute.

  1. Négociez des délais pour la remise des questions

La loi demande que les questions des délégués du personnel soient remises à la direction 48 heures avant la réunion. C’est déjà un délai très court pour les étudier, faire des vérifications juridiques, consulter les réponses que d’autres entités de votre entreprise ont pu faire par le passé (gare aux contradictions internes !).

Mais si en plus, vos réunions de DP sont noyées sous un flot de questions, vous n’arriverez pas à répondre efficacement. Or, je vois parfois des entreprises où le RH, le directeur de centre ou le patron de site arrivent avec 30, voire 60 questions à traiter !

Je vous recommande de vous concerter avec vos élus pour fixer des délais plus confortables ( 3 à 5 jours). Vous pouvez expliquer que vos réponses seront plus solides et plus complètes. Tout le monde y gagnera.

2. Décryptez les questions avant d’y répondre

Ce délai supplémentaire vous permettra aussi de faire le tri entre les « vraies » questions et les autres. En théorie, les DP ont un rôle de réclamation : ils s’assurent que les règles sociales s’appliquent bien à tous, par exemple en matière d’augmentations ou d’application d’un accord d’entreprise.

En pratique, bien d’autres sujets sont abordés :

— des questions émises par un DP pour son seul cas personnel : faut-il y répondre ?

— des rumeurs sur une réorganisation, un incident survenu dans un atelier : sont-elles fondées ? comment vérifier l’information ?

— des plaintes sur la propreté des toilettes, le bruit dans un atelier, des équipements défectueux : elles sont du ressort du management de terrain ou du CHSCT. Si elles « remontent » en réunion de DP, c’est qu’elles ne sont pas traitées par l’encadrement de proximité ;

— des remises en cause directes de certains managers, nominatives ou anonymes : les DP ne sont absolument pas dans leur rôle. Là encore, il est probable que les salariés utilisent ce canal faute d’être entendus par d’autres voies.

Ce travail de tri servira pour l’animation de la réunion et la formulation des réponses. Il est indispensable, en particulier, pour reprendre en main des réunions qui s’éternisent et se déroulent dans un climat houleux.

3. Rappelez les règles avec diplomatie

Vous n’allez pas revenir d’un fonctionnement débridé à des réunions apaisées en une seule séance. Il vous faudra du temps et de la diplomatie. Votre meilleur argument sera de rappeler les règles qui régissent les réunions de DP, et d’annoncer que vous souhaitez y revenir progressivement.

Vous pouvez par exemple :

donner rendez-vous à votre élu pour traiter sa question « privée », puis rappeler que la réunion doit porter sur des sujets collectifs ;

— répondre de la même façon à une question qui revient au CHSCT, en incitant les élus à faire remonter ces questions auprès de cette instance ; quitte à réunir plus souvent le CHSCT.

prendre une position ferme sur les mises en cause de managers, en renvoyant les DP à la hiérarchie et en soulignant que vous ne souhaitez pas mentionner le nom d’un manager dans les réponses écrites.

Ce changement de posture est à doser en fonction du climat des réunions. Inutile de mettre de l’huile sur le feu si vous sentez que l’ambiance s’apaise et que les questions hors-sujet se raréfient d’un mois à l’autre.

4. Respectez le formalisme des réunions de DP

J’ai parfois été frappé de voir des dirigeants arriver en réunion de DP sans avoir préparé leurs réponses, comme s’il s’agissait d’une simple formalité. Je crois beaucoup plus à une attitude d’exemplarité, de respect des règles : elle permet d’en demander autant à ses interlocuteurs.

Outre l’étude attentive des questions, évoquée plus haut, je privilégie plusieurs points :

— en réunion, lire les questions des DP à voix haute et dans leur intégralité, même si elles sont longues ;

si votre réponse est négative, l’argumenter. Rien n’est plus irritant pour un DP qu’un refus « sec » et non motivé ;

— quelle que soit votre réponse, veiller à ce qu’elle soit claire et brève, pour ne pas prêter le flanc à des interprétations ;

— enfin, veiller à ce que les réponses écrites que vous afficherez dans les 6 jours soient fidèles à vos propos en réunion. Ceci pour ne pas susciter l’incompréhension, voire l’impression que vous jouez un double jeu.

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