Me Contacter

Quand un délégué syndical tyrannique « bouffe » l’énergie de la direction

Que faire face à un délégué syndical dont la personnalité, les caprices, l’attitude en réunion paralysent le dialogue social et accaparent l’énergie de la direction ?

Cette situation est heureusement peu fréquente. Mais quand elle survient, c’est un fléau pour l’équipe dirigeante.

Le DRH, voire le DG, peut consacrer jusqu’à un tiers de son temps à préparer les réunions, imaginer des scénarios, élaborer des réponses, débriefer après chaque réunion. Sans parler du poids psychologique qui pèse sur ses épaules.

Monopole syndical et forte personnalité

Dressons le portrait de ce délégué tyrannique. Il compte 15 ans ou plus de présence dans l’entreprise, qui n’a plus de secrets pour lui. Son syndicat est largement majoritaire. Chez ses concurrents, personne ne fait le poids. Bref, une situation de quasi-monopole.

Sur le plan personnel, c’est une forte personnalité. Son autorité naturelle, son habileté manœuvrière, ses colères lui permettent d’avoir une emprise sur ses interlocuteurs, voire de les terroriser, qu’ils soient de sa section syndicale ou de la DRH.

Il a un parcours personnel atypique et semble prendre une revanche sur la vie à travers sa façon d’user et d’abuser de son pouvoir.

Des CE et des CHSCT paralysés

Car tout le dialogue social tourne autour de lui, mais avec des règles tronquées. Il refuse de travailler avec certains interlocuteurs, impose les dates et les lieux pour les réunions préparatoires, joue la montre quand un accord doit être signé avant une date-butoir…

Pire, les CE et CHSCT sont paralysés par des débats de procédures ou des références à de nombreuses jurisprudences. Les demandes d’expertise du CHSCT se multiplient. Ce ne sont plus des réunions de travail mais des guerres de tranchées juridiques.

Le délégué syndical n’est pas forcément critique sur le fond des projets. Mais dans les faits, il les paralyse.

Je vous propose trois pistes pour sortir de cette impasse et réinvestir votre énergie sur des sujets plus positifs.

Réapprendre à dire non

Première action : refuser le scénario habituel, sur les sujets où le délégué syndical « sort des clous » et impose les règles du jeu. Ce n’est pas à lui de décider quand et avec qui il préparera le prochain CE , avec monsieur Dupont plutôt qu’avec madame Martin.

Il n’a pas à imposer des horaires, ou à exiger que ladite réunion ait lieu dans son bureau et non à la RH. Ces petites concessions qui se sont installées par l’habitude, la lassitude ou la peur doivent laisser place à un fonctionnement concerté.

Sur un plan plus juridique, refusez le piège du légalisme quand le débat porte sur des points de détail. L’ordre du jour du CHSCT n’a pas été rédigé tout à fait dans les règles ? Les informations sur les primes ne sont pas assez détaillées aux yeux du délégué syndical ? Pas sûr qu’il faille y répondre …

Vouloir un dialogue social procédurier et légaliste à 100 %, c’est le paralyser et le vider de son sens. Il faut accepter de prendre des risques. Tenez bon et face aux protestations, faites appel au bon sens et à l’envie de retrouver un minimum de confiance, pour revenir à un fonctionnement respectueux au quotidien.

Choisissez un interlocuteur privilégié

Ce retour à la confiance passe notamment par une réorganisation des rôles au sein de la RH. Il faut trouver un interlocuteur privilégié chargé d’assurer un lien régulier et informel avec le délégué syndical. Quelqu’un qui ne soit pas dans la peur, mais dans l’envie sincère de renouer une relation.

Cet interlocuteur sera chargé de faire du off, pour sortir des postures et des éclats en séance. Sur le fond des projets, que veut le délégué syndical ? Quels points lui semblent importants, voire prioritaires ? Est-il prêt à certaines concessions ?

Redonnez du souffle à votre dialogue social

Enfin, je vous conseille de mettre à distance cette pression quotidienne. Reprenez votre dialogue social « par le haut ». Les instances représentatives, les délégués syndicaux, les réunions de négociation n’ont pas été créés pour cristalliser des conflits mais pour concrétiser des accords.

Organisez un séminaire interne, mobilisez le CODIR si nécessaire, et imaginez l’avenir à long terme et en positif. Et si vous progressiez sur l’égalité professionnelle ? peut-on signer un accord innovant sur le temps de travail ? n’est-il pas temps de faire évoluer votre système d’épargne salariale ? bref, comment faire avancer l’entreprise et ses collaborateurs ?

Face à un délégué syndical tyrannique, la solution n’est ni dans l’affrontement, ni dans la guerre d’usure. Elle passe par une étape de contournement, avec l’objectif de revenir à un vrai partenariat.

Lire aussi :

Votre délégué syndical devient imprévisible, comment réagir ?

DRH, comment votre délégué syndical vous évalue-t-il ?

Partager