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Industrie : les jeunes militants syndicaux bousculent les chefs d’équipe

Quand des jeunes militants syndicaux contestent l’autorité de leur chef d’équipe, l’ambiance se tend dans les ateliers ! Un phénomène qui monte dans l’industrie lourde, et m’a amené à concevoir une formation spécifique.

Pas facile, pour des chefs d’équipe de 40 ans et plus issus de la base, de faire face à la nouvelle génération de jeunes syndicalistes. Ils avaient appris l’obéissance, le respect du chef, l’autorité qu’on ne discute pas. Ils découvrent des délégués remuants, voire mordants, qui ne leur épargnent rien.

« Le chef ici, c’est pas toi »

Quelques morceaux choisis ? « Je ne suis pas d’accord avec ton organisation de l’équipe. » « Tes consignes de sécurité, c’est à côté de la plaque. » « Je ferai à mon idée et pas autrement » ou pire « le chef ici, c’est pas toi« .

Je n’invente rien. Ces phrases m’ont été citées lors d’une mission sur un site industriel de 2 500 salariés où la CGT a le leadership, même si elle a perdu récemment la majorité absolue. Si les délégués centraux, déterminés mais en capacité de négocier, respectent le cadre établi, leurs jeunes recrues sont décomplexées et bousculent tous les usages.

Quant aux agents de maîtrise, démunis et désemparés, ils se tournent vers les RH : « il y en a marre, on n’est pas soutenus, ils ont tous les droits et nous aucun. »

C’est pour cette population que nous avons créé avec les RH une formation de deux jours : « Manager un représentant dans son équipe ». Les principaux points étaient les suivants.

Rappeler que l’autorité hiérarchique existe

Donner du sens à la mission et aux rôles joués par les représentants syndicaux : ils ont vocation à être utiles dans le déroulement du travail. Et un encadrant doit respecter cette mission et la « liberté de circuler » des élus et militants qui ont un mandat.

• Rappeler aux agents de maîtrise que leur autorité hiérarchique reste entière. Ils ont le droit et le devoir d’intervenir, de rappeler à l’ordre, de stopper un délégué qui engage la discussion pendant le travail et dérange ses collègues sur leur poste (parfois au mépris de la sécurité…)

• Les inciter à faire remonter les informations si les comportements hors-jeu se multiplient. Le responsable des relations sociales décide alors de la conduite à tenir et alerte les délégués centraux, en leur demandant de calmer leurs troupes.

• Leur demander fermement de suivre et de gérer les heures de délégation : tenir un compte détaillé de ce qui est pris, demander aux délégués d’annoncer ce qu’ils ont prévu, s’assurer que le travail ne sera pas perturbé etc.

• S’habituer à expliquer les choses plutôt que donner des ordres « secs ». C’est devenu indispensable avec la jeune génération, syndiquée ou non.

S’entrainer à l’entretien de recadrage

Les agents de maîtrise ont exprimé pendant la formation combien celle-ci leur « faisait du bien« . Pour boucler la boucle, nous leur avons proposé sous forme de jeu de rôles un entrainement à l’entretien de recadrage : quel est l’objectif ? qu’est-ce qui est négociable et non négociable ? comment doser l’autorité et l’empathie ?

Les premiers essais étaient trop timides, trop « gentils » pour le collaborateur à recadrer. Puis l’assurance et la confiance se sont installées. Replacés dans leur rôle, soutenus par leur direction, les chefs d’équipe retrouvent leur légitimité et leurs repères.

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