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Délégués syndicaux : il ne suffit pas d’être élu pour être légitime 1

Le conflit des intermittents du spectacle rappelle à point nommé qu’un syndicat élu, voire majoritaire, n’en devient pas légitime pour autant. Il arrive aussi, dans les entreprises privées, qu’un accord signé dans les règles soit ensuite contesté par la base.

par Thierry Heurteaux

Pourtant, l’accord de représentativité syndicale de 2008 a fait bouger les choses. Avec les règles des 10%, 30 % et 50%, on ne voit plus d’accord d’entreprise validé par la signature d’un unique syndicat à 5 % des voix. Le socle électoral exigé des syndicats leur donne plus de crédibilité en négociation.

Mais la représentativité en droit ne fait pas la représentativité en fait. J’ai déjà rencontré, dans une entreprise agro-alimentaire, un syndicat élu avec 51 % des voix qui n’avait aucune légitimité.

Les syndicats ont parfois du mal à assumer leurs accords

Le fond du problème, c’est que les syndicats ne sont pas toujours à l’aise avec les accords qu’ils négocient et qu’ils signent. Ils préfèrent donc ne pas communiquer sur le sujet du moment : temps de travail, annualisation, pénibilité, gestion des compétences…

Tout se fait dans la discrétion. Et quand les salariés découvrent que leur rémunération a baissé ou qu’ils devront travailler un samedi matin sur deux, leur colère explose : tracts anonymes, refus de faire les heures supplémentaires, débrayage spontané…

Ces salariés sont d’autant plus « remontés » qu’ils ont l’impression d’avoir été bernés. Quand ils élisent les membres du CE, ils choisissent des individus mais ne mesurent pas que leur vote bénéficie en même temps à unsyndicat. On peut ainsi faire rentrer au CE Marcel Dupont, connu et estimé de tous, en oubliant que Marcel appartient au syndicat X qui engrange ainsi quantité de voix.

Faut-il s’étonner ensuite que le syndicat X soit illégitime ?

Mes critères pour identifier un délégué syndical légitime

Pour signer des accords qui soient acceptés par la base, je vous conseille de miser  sur des délégués syndicaux dont la légitimité sera incontestable.

Sont-ils présents sur le terrain, à l’écoute de leurs collègues, font-ils remonter toutes les demandes ?

Connaissent-ils leurs dossiers, sont-ils assez solides pour peser sur une négociation (donc, pour aller vers un accord qu’ils assumeront) ?

Ont-ils assez d’envergure et de charisme pour lancer et arrêter un mouvement de grève ?

Sont-ils assez courageux pour prendre des risques et négocier un accord difficile, qu’ils se chargeront de défendre et de faire connaître ?

Si vous avez un tel délégué sous la main, créez avec lui une relation privilégiée, proposez-lui de se former. C’est un interlocuteur de talent avec lequel vous pourrez construire.

Le modèle du délégué aux ordres de la direction est à bout de souffle : la base n’hésitera plus à combattre les accords que vous aurez signé avec lui.

A lire aussi :

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• DRH, comment votre délégué syndical vous évalue-t-il ?

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One comment on “Délégués syndicaux : il ne suffit pas d’être élu pour être légitime

  1. Vincent Palarus 7 Juil 2014 18 h 43 min

    Bonjour,

    suite à cet article, une question et un commentaire me viennent:

    – Le délégué syndical répondant à ces quelques critères existe t-il souvent dans les entreprises?

    – J’ajouterai dans les éléments importants qui permettraient de dire d’un délégué qu’il est un partenaire (ou un interlocuteur de qualité) qu’il lui faudra, au-delà du courage d’assumer ses positions, des compétences en communication pour faire preuve de pédagogie auprès de ses collègues (et électeurs).

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